Le paradoxe

La profession médicale, en particulier Libérale, reste depuis des décennies sur un paradoxe étrange.

D’un côté, une profession profondément individualiste ….
… dont l’origine se situe dès le « concours » de la 1° année des études médicales et entretenue pendant toute la période de formation initiale. 

L’installation en libéral, quand installation il y a, accentue cet individualisme par un cadre d’exercice souvent complexe avec des relations et contraintes administratives, juridiques, ordinales, syndicales que le jeune médecin ignore souvent et pour lesquels il n’a pas été assez préparé. La démographie médicale aidant, il se retrouve rapidement gestionnaire d’une patientèle importante qui lui fait confiance, dans un colloque singulier qui caractérise notre profession, dans lequel il s’investie fortement. Or le travail devient vite chronophage avec des horaires hors norme et des contraintes de plus en plus importantes.  Ainsi son univers se restreint très rapidement à son exercice de soins au sein de son cabinet à un rythme tel qu’il n’a plus le temps de s’intéresser au reste de son exercice en particulier en termes d’organisation et de défense.

Cet individualisme se transforme petit à petit en un isolement social (même au sein de cabinet de groupe et/ou de maison ou pôle de santé).  Cet isolement du médecin est souvent source de burn out (il y a 2,5 fois plus de suicides au sein de la communauté médicale par rapport à la population générale). En effet il subit au fur et à mesure du temps les différentes règles d’exercice dictées et/ou négociées par des tiers, au prix d’une perte croissante d’indépendance d’exercice. Notre Ordre reste souvent lointain et encastré dans la défense légitime de la seule déontologie médicale. Notre syndicalisme est source de division, rongé par ses divergences. Le cadre conventionnel médical devient de plus en plus contraignant, des patients de plus en plus exigeants, et in fine le médecin se retrouve ainsi souvent seul, isolé et finalement extrêmement fragile dans un contexte de plus en plus hostile.

D’un autre côté, une profession quelques fois une et donc puissante….
Notre profession a su tout le long de son existence montrer par épisode une capacité incroyable à s’unir, souvent dans un contexte conjoncturel, mais rarement structurel. Cela a été le cas en 1995 (Plan Juppé), puis en 2001-2002 (coordination C20V30) et plus récemment en 2014-2015 avec la lutte contre le projet de loi de santé. Cette unité sporadique dépasse souvent les divergences d’idées et d’opinions légitimes et existantes pour se concentrer sur un ou plusieurs points fédérateurs. Cette unité fait souvent peur à nos tutelles, qui continuent à nous « diviser pour mieux régner ». Par ailleurs lorsque cette union persiste, elle a été souvent la source de grandes innovations en termes d’organisation, malheureusement restreintes dans un cadre expérimental sans réelle pérennisation dans le temps, prenant en otage notre capacité à réaliser. Finalement, après une période d’union « sacrée » la profession retombe souvent dans son individualisme imposé.

Les CODTS sont nés de ce paradoxe,

avec l’idée de trouver un juste milieu entre ces 2 extrêmes, aspirant à sortir le médecin libéral de son isolement et de sa fragilité d’une part,  pour l’amener à s’organiser et défendre de façon collective et pérenne d’autre part au sein d’un territoire de santé défini. Les CODTS trouve leur légitimité aujourd’hui à travers une attaque frontale, via le projet de loi de santé présenté en 2015,  contre les fondements même de l’exercice de la médecine, à savoir l’indépendance d’exercice professionnelle, le respect du secret médical des données de nos patients et le libre choix de ces derniers du mode d’exercice de leur praticien. En d’autres termes, les CODTS cherchent à faire évoluer le médecin du statut de « spectateur » vers le celui de  « l’acteur » de son exercice, tant en organisation que de sa défense à travers une nouvelle vision et de nouveaux outils adaptés à cette évolution nécessaire de la profession.

Souvent, devant nos difficultés, on se complaît à râler et à se demander que font nos syndicats, nos ordres et autres organisations professionnelles, alors que le pouvoir n'est pas toujours là…..Le pouvoir, nous l'avons entre nos mains, et c’est de la responsabilité de chacun d’entre nous, dès lors que la base est solide et les outils adaptés .

Ainsi nos syndicats font ce qu’ils peuvent depuis plus de 50 ans, essentiellement dans la défense de la profession dans un cadre conventionnel de plus en plus restrictif. Malheureusement le système dans lequel ils évoluent est volontairement bridé par nos tutelles, aboutissant peu à peu, et au-delà des différences idéologiques légitimes de chacun d’entre eux, à générer plus de divisions que de rassemblement (si ce n’est de façon sporadique comme la manifestation nationale du 15 mars 2015). Ainsi le taux de syndicalisation dans la profession reste en dessous de 10% avec une représentativité qui porte à caution. En termes d’organisation et malgré toute leur bonne volonté, forcé de constater que leurs actions sont souvent dérisoires par rapport aux besoins exprimés.

Ainsi nos conseils ordinaux, garant de notre déontologie, restent cloisonnés dans cette mission et leur action se limite à de la représentation et aux conseils. Les notions de défense et d’organisation leur échappent. Bien que représentatifs de la profession, ils restent « loin » de leurs préoccupations conjoncturelles et structurelles.

Les URML et URPS, autres organismes représentatifs de la profession, sont de véritables pépinières d’idées et de réels laboratoires d’expérimentation de nouveaux modes d’exercice et d’organisation professionnelle. Malheureusement, elles sont souvent limitées dans la pérennisation de ces actions, et souvent parasitées par des enjeux syndicaux qui n’ont théoriquement rien à avoir dans ces structures.

Bien évidemment il n’est pas question ici de remettre en cause ces structures, et encore moins les confrères qui s’y investissent fortement et le plus souvent de façon détachée et louable. Nous avons le plus grand respect pour ses confrères, qu’ils soient remerciés ici. Nous estimons uniquement dans notre approche que ces outils ne sont peut-être plus les plus pertinents pour concilier l’organisation et la défense de la profession, et qu’il faut inventer un nouveau concept permettant une meilleure coordination entre le médecin et son environnement en perpétuel changement. C’est dans ce sens que les CODTS ont été imaginés.

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